Archives par catégorie: Renforcement des capacités

Structuration et formalisation des travailleurs-euses des hôtels, Bars et restaurants : vers un travail décent et productif

Bujumbura, ce 19 juin 2026 – Dans le cadre de l’exécution de son programme 2022-2026, la Confédération de Syndicats Libres du Burundi (CSB), bénéficiant de l’appui technique et financier de l’ONG We Social Movements (WSM), ouvre un nouveau front crucial pour l’avancement du travail décent. Après s’être mobilisée pour les acteurs de l’économie numérique, les mécaniciens et travailleurs de l’économie ambulante, la CSB s’attaque désormais aux violations structurelles des droits des travailleurs et travailleuses du secteur de l’hôtellerie, bar et restaurant. Derrière les façades accueillantes des établissements de Bujumbura se cache une précarité multidimensionnelle et un déni global des droits humains fondamentaux.

Une précarité systémique : L’analyse globale du secteur

Selon les problèmes spécifiques des participants, la CSB dresse un diagnostic sans concession croisant leurs difficultés quotidiennes avec les quatre piliers du travail décent de l’OIT et les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU.

Problèmes spécifiques identifiés pour ces travailleurs-eusesPilier du Travail Décent bafoué (OIT)ODD non respecté(ONU)
Risques SST graves : Brûlures, coupures, chocs thermiques (cuisine/chambre froide), infections de la plonge, varices et maladies respiratoires sans gants ni masques.3. Protection sociale(Inexistence de mesures préventives et d’équipements de protection individuelle).ODD 3 : Bonne santé et bien-être.
Exploitation financière : Salaires dérisoires, obligation de rembourser la casse ou les factures des « clients filous ».1. Emploi et revenus productifs (Absence de rémunération juste, vol de salaire par des retenues abusives).ODD 1 : Pas de pauvreté.
ODD 8 : Travail décent et croissance économique.
Fraude contractuelle : Statut d’« extra permanent » pendant des années, aucun contrat écrit, licenciements instantanés sans préavis ni indemnités.2. Droits au travail (Négation de la sécurité de l’emploi et des garanties juridiques de base).ODD 8 : Travail décent.
ODD 16 : Paix, justice et institutions efficaces.
Abus de temps et de corps : Horaires extensibles la nuit sans majoration, polyvalence forcée, quotas de chambres intenables, fouilles corporelles humiliantes.2. Droits au travail (Atteinte à la dignité humaine et non-respect de la législation du temps de travail).ODD 8 : Travail décent.
Violence de genre et de rue : Harcèlement sexuel des serveuses par des clients ivres ou la hiérarchie. Trajets de nuit à pied à minuit sans transport, risques d’agressions.3. Protection sociale et 2. Droits au travail (Absence d’environnement de travail sûr et protecteur pour les femmes).ODD 5 : Égalité entre les sexes.
ODD 16 : Sécurité et réduction des violences.
Exclusion sociale légale : Absence totale d’affiliation à l’INSS et à la mutuelle de santé, zéro prise en charge en cas d’accident de travail.3. Protection sociale (Néant en couverture vieillesse, invalidité et couverture médicale).ODD 10 : Inégalitésréduites.
Néant démocratique : Dispersion des travailleurs, chantage à l’emploi, absence totale de cadre de dialogue ou de représentation face aux patrons.4. Dialogue social (Interdiction de fait du droit de s’organiser et de négocier).ODD 17 : Partenariats pour la réalisation des objectifs.

Afin de faire face à ces défis, il a été convenu de mobiliser l’ensemble des acteurs afin qu’ils soient informés des 4 piliers du travail décent et avoir un cadre de dialogue social.

Il a été recommandé aussi d’organiser un atelier de mobilisation et sensibilisation des employeursde bars, hôtels et restaurants sur les droits fondamentaux régissant le monde du travail. 

Yves Batungwanayo

CT de la CSB

Vendeurs-euses ambulants au Burundi : La CSB se mobilise pour la dignité des « invisibles de la rue » afin qu’ils soient structurés et contribuent au développement du pays

Bujumbura, le 18 juin 2026 – Dans le cadre de l’exécution de son programme stratégique 2022-2026, la Confédération Syndicale du Burundi (CSB), avec l’appui technique et financier de We Socail Movements  (WSM), poursuit son action de formalisation des travailleurs-euses  de l’économie informelle. Un atelier de mobilisation, de formation et de restructuration syndicale s’est tenu au CEPRODILIC.

Cette rencontre a réuni quarante-six (46) travailleurs et travailleuses ambulants issus de secteurs divers : alimentation (fruits, légumes, arachides), habillement, souliers, ainsi que des distributeurs de produits de réseaux (Forever). L’enjeu : sortir ces acteurs économiques majeurs d’un cycle de violences , et de précarité absolue.

Un choix forcé par les barrières économiques

Lors des débats, les participants ont apporté une clarification sociologique majeure : l’occupation de la rue n’est pas un choix délibéré. C’est la conséquence directe du manque de capital qui les empêche de louer des magasins ou des étals au centre-ville de Bujumbura. Condamnés à la mobilité pour survivre, ils font face à un environnement hostile que la CSB a analysé scientifiquement.

Synthèse : Droits et Réalités des 46 Travailleurs-euses Ambulants

Problèmes spécifiques de la rue (Burundi)Pilier du Travail Décent bafoué (OIT)ODD non respecté (ONU)
Barrière structurelle : Manque de capital pour louer un magasin au centre-ville. Choix forcé de la rue pour survivre.1. Emploi et revenus productifs (Inaccessibilité aux infrastructures commerciales décentes).ODD 8 : Travail décent et croissance économique. ODD 11 : Villes durables et inclusives.
Asphyxie financière : Vente à perte, endettement chez les grossistes, marges dérisoires (ex: arachides).1. Emploi et revenus productifs (Aucune garantie de gain minimal ni de sécurité d’activité).ODD 1 : Pas de pauvreté.
ODD 8 : Travail décent.
Violence institutionnelle : Saisies brutales, amendes de 100 000 FBU pour récupérer les biens, emprisonnement, criminalisation.2. Droits au travail (Invisibilité juridique et manque de dignité face aux autorités).ODD 16 : Paix, justice et institutions efficaces (Absence de recours).
Déficit de légitimité : Crise de confiance des clients envers la qualité des produits et le statut du vendeur.2. Droits au travail (Déficit de reconnaissance et de réputation professionnelle).ODD 8 : Croissance économique freinée par la méfiance du marché.
Usure et insécurité : Épuisement du corps, maladies, harcèlement. Femmes chefs de ménage doublement pénalisées.3. Protection sociale (Zéro couverture médicale, aucune mutuelle, aucun congé).ODD 3 : Bonne santé.
ODD 5 : Égalité entre les sexes.
Isolement politique : Dispersion des vendeurs, peur des représailles, absence totale de cadre de dialogue ou de représentation.4. Dialogue social (Pas de voix collective face à la Mairie ou à l’État).ODD 17 : Partenariats pour la réalisation des objectifs.

Résumé des enjeux majeurs identifiés

  • Le Piège Économique : Les travailleurs accumulent les dettes, liquident parfois à perte et subissent une méfiance des consommateurs qui dévalue la valeur réelle de leurs marchandises.
  • Le Double Châtiment : En plus de l’épuisement physique, ils peuvent être punies par des amendes de 100 000 FBU et des peines de prison, détruisant instantanément le micro-capital de survie.
  • La Double Charge Invisible : Les femmes, souvent uniques responsables de leur ménage, gèrent la survie de leurs enfants dans un climat de harcèlement constant et sans aucun filet de sécurité sociale (sans mutuelle).

L’expertise du Ministère : Baliser le chemin du droit

Pour guider les 46 délégués vers une refondation solide, un expert  du Ministère ayant le travail dans ses attributions a animé une session technique cruciale. Son intervention a permis d’apporter des réponses juridiques claires sur la doctrine organisationnelle, la feuille de route de mise en conformité et l’éthique du leadership (intégrité et courage).

L’atelier s’est conclu par un acte de constituer une organisationnelle professionnelle et structurés afin de pouvoir bénéficier les 4 piliers du travail décent et les ODD. Une mise en place d’une commission ad hoc a été mise en place pour continuer à enrichir l’idée de structuration afin qu’ils puissent répondre aux lois du pays et le travail décent dans ces 4 piliers.

Yves batungwanayo

CT de la CSB

Vendeurs d’unités de recharge et de transfert de monnaie électronique au Burundi : la CSB relance la dynamique syndicale pour sortir de l’informel

Bujumbura, le 17 juin 2026 – Dans le cadre de la mise en œuvre de son Programme stratégique 2022-2026, la Confédération Syndicale du Burundi (CSB), avec l’appui financier de l’ONG We Social Movements (WSM), a organisé un atelier de mobilisation, de sensibilisation et de structuration des vendeurs d’unités de recharge et des agents de transfert de monnaie électronique.

Tenu au CEPRODILIC, cet atelier a réuni quarante (46) délégués représentant les travailleurs du secteur. L’objectif était de renforcer l’organisation collective de ces acteurs de l’économie numérique et de redynamiser leur syndicat de base afin de lutter contre la précarité qui caractérise une activité en pleine expansion mais largement dominée par l’informalité.

Un secteur en croissance confronté à de multiples défis

Les vendeurs et gestionnaires de points de services opérant sur les plateformes de monnaie électronique telles qu’Ecocash, Lumicash, Enoti et Akaravyo jouent un rôle essentiel dans l’inclusion financière de la population burundaise. Pourtant, leur contribution à l’économie nationale contraste avec les conditions difficiles dans lesquelles ils exercent leur activité.

Au cours de l’atelier, le Coordinateur technique de la CSB a présenté une analyse des réalités du secteur à la lumière des quatre piliers du travail décent de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et des Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies.

L’absence de cadre contractuel

L’un des principaux constats concerne l’inexistence de relations contractuelles formelles entre les agents de terrain, les super-agents, les sociétés de télécommunications et les institutions financières partenaires.

Cette situation expose les travailleurs à de nombreuses pratiques arbitraires, notamment le blocage sans préavis des comptes de monnaie électronique (« float »), privant instantanément les agents de leur principal outil de travail sans mécanisme de recours clairement défini.

Une répartition inéquitable des revenus

Les participants ont également dénoncé les faibles commissions qui leur sont accordées malgré leur rôle central dans la chaîne de distribution des services financiers numériques.

Les chiffres présentés illustrent cette disparité :

  • Pour un transfert de 100 000 FBu, la commission totale générée est de 6 000 FBu, mais l’agent de terrain ne reçoit que 630 FBu, soit 10,5 % du montant total.
  • Pour un transfert de 500 000 FBu, la commission totale atteint 16 500 FBu, tandis que l’agent ne perçoit que 2 300 FBu, soit 13,9 %.

Ainsi, entre 86 % et 89 % de la valeur créée est captée par les opérateurs et les différents intermédiaires.

Les participants ont également souligné les difficultés liées à l’accès à la liquidité, certaines institutions financières ne fournissant pas les fonds nécessaires à l’ensemble des agents de manière équitable.

Une protection sociale inexistante

L’atelier a révélé l’absence quasi totale de protection sociale dans le secteur. Les travailleurs ne bénéficient ni d’assurance maladie, ni de mécanismes de retraite, ni de dispositifs de protection contre les risques professionnels ou sécuritaires auxquels ils sont quotidiennement exposés.

L’appui du ministère en charge du Travail

Afin de renforcer la légitimité du processus de structuration, l’atelier a bénéficié de la participation d’un haut cadre du ministère ayant le Travail dans ses attributions.

Son intervention a porté sur trois axes majeurs :

Le syndicalisme comme droit fondamental

Le facilitateur a rappelé que la liberté syndicale constitue un droit garanti par la Constitution et par les conventions internationales ratifiées par le Burundi. Il a insisté sur le rôle des organisations syndicales dans la promotion du dialogue social, de la négociation collective et de la justice sociale.

Les démarches de formalisation

Les participants ont été informés des différentes étapes nécessaires à la mise en conformité juridique de leur organisation, notamment la révision des statuts et l’obtention de la reconnaissance officielle auprès des autorités compétentes.

Le leadership au service de la gouvernance syndicale

L’expert a également mis en évidence les qualités attendues des futurs dirigeants du syndicat : intégrité, transparence dans la gestion des ressources, capacité de mobilisation, esprit de dialogue et aptitude à représenter aussi bien les agents fixes que les agents ambulants.

Un engagement ferme en faveur de l’enregistrement du syndicat

L’un des résultats majeurs de l’atelier a été l’engagement des participants à finaliser rapidement la révision de leurs textes fondateurs et à déposer officiellement leur dossier d’enregistrement auprès du ministère de tutelle.

Cette reconnaissance juridique permettra au syndicat d’acquérir la personnalité civile et de devenir un interlocuteur légitime dans les discussions avec les sociétés de télécommunications, les super-agents et les institutions financières.

Les principales revendications du secteur

Une fois l’enregistrement obtenu, le syndicat entend porter plusieurs revendications prioritaires :

  1. La mise en place de contrats d’agence écrits et standardisés entre les agents, les super-agents et les institutions financières ;
  2. La révision des grilles de commissions afin de garantir une rémunération plus équitable ;
  3. L’octroi transparent et équitable de liquidités à l’ensemble des agents ;
  4. L’instauration de mécanismes d’arbitrage et de règlement des litiges liés aux blocages de comptes, aux problèmes techniques ou aux cas d’escroquerie.

Vers un dialogue social inclusif

La CSB a réaffirmé son engagement à accompagner cette corporation dans son processus de structuration et de formalisation.

La prochaine étape consistera à organiser un cadre de dialogue réunissant l’ensemble des parties prenantes du secteur, notamment les agents de terrain, les super-agents, les sociétés de télécommunications et les institutions financières. Cette démarche vise à favoriser la recherche de solutions concertées aux défis qui affectent les travailleurs de l’économie numérique.

À travers cette initiative, la CSB réaffirme sa conviction qu’aucun travailleur ne doit être laissé en marge du travail décent et que la transformation numérique doit s’accompagner du respect des droits fondamentaux au travail.

Par Yves Batungwanayo
Coordinateur technique de la CSB

La CSB lance une campagne de structuration et de formalisation des travailleurs de l’économie informelle au Burundi : la syndicalisation au service d’un travail décent et productif

Bujumbura, Hôtel CEPRODILIC, le 16 juin 2026 – La Confédération des Syndicats Libres du Burundi (CSB), avec l’appui de son partenaire We Social Movements (WSM), a lancé ce mardi une campagne nationale de quatre jours consacrée à la structuration, à la formalisation et à la syndicalisation des travailleurs de l’économie informelle. Cette initiative s’inscrit dans la promotion du travail décent et productif conformément aux Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment l’ODD 5 relatif à l’égalité entre les sexes et l’ODD 8 portant sur le travail décent et la croissance économique.

Une économie largement dominée par l’informalité

Au Burundi, l’économie informelle représente une réalité majeure du marché du travail. Selon les données de l’Institut National de la Statistique du Burundi (INS, 2023), près de 90,7 % des travailleurs exercent leurs activités dans le secteur informel.

Malgré leur contribution essentielle à l’économie nationale, ces travailleurs évoluent souvent dans des conditions précaires caractérisées par l’absence de protection sociale, l’instabilité des revenus, l’accès limité aux financements et aux marchés publics, ainsi que le manque de mécanismes de représentation et de dialogue avec les autorités publiques.

Consciente de ces défis, la CSB met en œuvre, à travers l’Axe 2 du Programme CSB–WSM 2022-2026, des actions visant à accompagner les travailleurs de l’économie informelle vers une transition progressive et inclusive vers l’économie formelle.

Première étape : renforcer l’organisation des travailleurs mécaniciens

La campagne a débuté par un atelier de formation réunissant 40 travailleurs mécaniciens issus de différents ateliers de réparation automobile de Bujumbura.

Acteurs indispensables à la mobilité des personnes et des biens, les mécaniciens font face à de nombreuses difficultés, notamment :

  • Des conditions de travail pénibles, marquées par de longues heures de travail, une faible rémunération et une exposition régulière à des produits dangereux sans équipements de protection adéquats ;
  • Un accès limité à la formation professionnelle continue, pourtant nécessaire pour suivre l’évolution technologique du secteur automobile ;
  • Des contraintes économiques importantes liées au coût des équipements, des outils de travail et des espaces d’exploitation.

L’objectif de cette première journée est de renforcer les capacités des participants afin de favoriser leur formalisation et de les accompagner dans la redynamisation d’un syndicat de base fort, représentatif et autonome.

Une campagne de quatre jours pour quatre secteurs stratégiques

La campagne se poursuivra jusqu’au 19 juin 2026 et touchera au total 160 travailleurs issus de quatre secteurs d’activités :

16 juin 2026 : Travailleurs mécaniciens ;

17 juin 2026 : Vendeurs et vendeuses d’unités de recharge téléphonique et de services de monnaie électronique ;

18 juin 2026 : Vendeurs et vendeuses ambulants ;

19 juin 2026 : Travailleurs des hôtels, bars et restaurants.

Chaque atelier réunira 40 participants et constituera une opportunité d’échanges, de sensibilisation et de renforcement des capacités en matière de droits au travail et d’organisation syndicale.

Un programme de formation orienté vers l’autonomisation

Les sessions de formation seront articulées autour de quatre modules principaux :

1. Formalisation et transition vers l’économie formelle

Présentation des avantages de la formalisation ainsi que des mécanismes prévus par la Recommandation n°204 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

2. Cadre légal et création des organisations syndicales

Analyse des dispositions du Code du travail burundais relatives à la création, à l’enregistrement et au fonctionnement des syndicats.

3. Renforcement de la valeur ajoutée de l’adhésion syndicale

Réflexion sur les services pouvant être offerts aux membres, notamment la solidarité professionnelle, l’accès aux mutuelles de santé, la défense des intérêts collectifs et la protection contre les abus.

4. Autonomie financière et gouvernance syndicale

Promotion d’un système de cotisation adapté, de la transparence financière et de l’utilisation des outils numériques dans la gestion des organisations syndicales.

Un engagement en faveur de la dignité des travailleurs

À travers cette campagne, la CSB réaffirme son engagement à promouvoir la justice sociale, la protection des travailleurs et le dialogue social au Burundi. En soutenant la structuration et la formalisation des travailleurs de l’économie informelle, l’organisation contribue à leur offrir une meilleure protection, une représentation collective efficace et des perspectives économiques durables.

La CSB invite le public à suivre quotidiennement l’évolution de cette campagne à travers son site web et ses plateformes officielles.

Yves Batungwanayo
Conseiller Technique de la CSB

3ᵉ Congrès Ordinaire de la CSB : Un nouveau leadership et une feuille de route ambitieuse pour la formalisation de l’économie informelle

La Confédération de Syndicats Libres du Burundi (CSB) a tenu ce samedi son 3ᵉ Congrès Ordinaire sous le thème inspirant : « Promouvoir la formalisation des travailleurs(euses) de l’économie informelle ».

Cet événement charnière a réuni le représentant du Ministère du Travail, de la Fonction Publique et de la Sécurité Sociale, qui a ouvert les activités de ce congrès, le Président de la COSYBU, les partenaires au Développement dont son partenaire historique WSM, les responsables du réseau INSP!R Burundi, les cadres des institutions privées et 60 congressistes venus de tout le pays.

Transparence, réformes textuelles et cap sur l’avenir

Après les allocutions protocolaires d’ouverture, les congressistes sont entrés dans le vif des travaux institutionnels. L’accent a d’abord été mis sur la transparence et la redevabilité à travers la présentation détaillée des réalisations et des rapports financiers du mandat écoulé.

Dans une dynamique de modernisation, l’assemblée a procédé à l’amendement des Statuts et du Règlement Intérieur (ROI) de la confédération, adaptant ainsi le cadre légal de la CSB aux réalités syndicales contemporaines. Enfin, les délégués ont validé la nouvelle feuille de route stratégique pour les 5 prochaines années, traçant les lignes directrices de la lutte pour le travail décent au Burundi.

Renouveau démocratique : Élection des nouveaux dirigeants

À l’issue d’échanges riches et de débats démocratiques intenses, les congressistes ont procédé à l’élection au vote secret des nouveaux visages qui porteront la voix de la CSB. Le Bureau Exécutif est désormais piloté par Gilbert NYAWAKIRA en tant que Président et une commission spécialisée pour l’accompagner.  

Le nouveau leadership met en avant une forte structuration technique à travers douze commissions spécialisées et une commission de contrôle indépendante.

Voici la composition officielle des nouveaux organes de la CSB :

I. Bureau Exécutif

  • Président : Gilbert NYAWAKIRA
  • Vice-Président : Athanase MUSHANO
  • Secrétaire Général : Emmanuel MASHANDARI
  • Secrétaire Générale Adjointe : Rose HATUNGIMANA
  • Trésorier Général : Pamphire HABONIMANA
  • Conseil Général : Donatien SABIYUMVA

II. Commissions Spécialisées

  1. Économie Informelle : Didace NYANDWI
  2. Environnement et Changements Climatiques : Désiré SIMBIZI
  3. Normes : Salvator NDIKURIYO
  4. Développement Mutuel de Compétence et Éducation Ouvrière : Antoinette NSHIMIRIMANA
  5. Santé, Sécurité en Milieu de Travail et Lutte contre les Pandémies : Rose MPEKERIMANA
  6. Dialogue Social : Nivine IRAMBONA
  7. Femmes et Genre : Marie Viviane KIYAGO
  8. Jeunes : Felix YARANTOYE
  9. Communication et TIC : Olivier NISHIRIMBERE
  10. Emploi et Protection Sociale : Angelo GAHEMBUYE
  11. Affaires Juridiques et Contentieux : Térence NTAKARUTIMANA
  12. Élaboration de Projets: Esperance NDIHOKUBWAYO

III. Commission de Contrôle

  • Président commission de contrôle : Ildephonse ndayitwayeko
  • Vice-Présidente : Estella NIYONGERE
  • Membre : Philbert NDUWABIKE

Un mandat sous le signe de l’action

La CSB ressort de ce 3ᵉ Congrès plus unie, modernisée et outillée. Dotée d’une équipe dirigeante légitime et d’un réseau de commissions spécialisées prêtes à l’action, la confédération réaffirme son rôle de transformer l’emploi informel en emplois décents, sécurisés et protecteurs pour toutes et tous.

Yves Batungwanayo
Coordinateur technique

Renforcement des capacités : Vers une Inspection du Travail moderne, éthique et conciliatrice

Le monde du travail constitue, par essence, le point de rencontre entre deux forces complémentaires : les employeurs — qu’ils relèvent de l’État ou du secteur privé — et les travailleurs. Bien que régie par un cadre législatif strict, cette relation demeure vivante et complexe. Des divergences de vues peuvent naître et des tensions surgir, menaçant tant la productivité des entreprises que la paix sociale.

  1. Le rôle pivot de l’Inspecteur du Travail

Face à ces enjeux, les Inspecteurs du Travail et de la Sécurité Sociale occupent une place stratégique. Véritables régulateurs, ils ont pour mission de transformer la confrontation en dialogue et le conflit en consensus. Leur action s’inscrit au cœur de la promotion du travail décent, s’appuyant sur les quatre piliers fondamentaux définis par le Programme Pays Travail Décent (PPTD).

L’image de l’Inspecteur du Travail évolue : il ne doit plus être perçu uniquement comme un agent de sanction, mais comme un facilitateur et un médiateur. Un litige porté devant les tribunaux est souvent le symptôme d’un échec du dialogue social en amont. C’est pourquoi la priorité doit désormais être accordée à la conciliation et à la médiation, afin de désamorcer les crises avant qu’elles ne s’enveniment.

  • Une initiative de la CSB et de WSM

C’est dans cette optique de professionnalisation que la Confédération de Syndicats Libres du Burundi (CSB), avec l’appui financier de We Social Movements (WSM), a organisé un atelier de renforcement des capacités.

Cette session de formation a réuni :

  • Les inspecteurs du travail et de la sécurité sociale ;
  • Les cadres des ministères sectoriels ;
  • Les leaders des syndicats affiliés.
  • Les axes majeurs de la formation

L’atelier a mis l’accent sur une maîtrise approfondie des instruments juridiques nationaux et internationaux, tout en plaçant les valeurs humaines au centre de l’action administrative :

  1. Éthique et Déontologie : Réaffirmer l’intégrité et l’impartialité comme socles de la fonction d’inspecteur.
  2. Techniques de Conciliation : Outiller les acteurs pour favoriser le règlement amiable des différends.
  3. Cadre Juridique : Harmoniser les pratiques avec les normes internationales du travail et les dispositions légales nationales.

4. Des Objectifs Stratégiques pour des Résultats Concrets

    L’atelier s’est articulé autour de deux piliers fondamentaux, essentiels à la crédibilité de l’administration du travail :

    • Éthique et Déontologie : L’intégrité constitue le socle de l’autorité des inspecteurs. Conformément aux principes de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), l’éthique est la condition sine qua non de la confiance. Sans cette confiance, aucune conciliation durable ne peut être envisagée.
    • Maîtrise des Instruments Juridiques : En renforçant leurs compétences sur les législations nationales et les conventions internationales, les inspecteurs sont mieux armés pour arbitrer avec équité. L’enjeu est de protéger les droits des travailleurs tout en respectant les impératifs de viabilité des employeurs.

    5. Cadre Opérationnel de l’Atelier

    L’objectif global était de doter les acteurs du monde du travail d’une expertise pointue sur les instruments régissant leur secteur.

    Objectifs Spécifiques :

    1. Éthique professionnelle : Former 40 participants (dont 27 inspecteurs du travail et de la sécurité sociale, et 13 cadres des ministères et organisations syndicales) sur les principes déontologiques de leur fonction.
    2. Expertise juridique et conciliation : Outiller ces mêmes 40 acteurs sur les techniques de conciliation et l’application des normes nationales et internationales (OIT).

    6. Résultats Attendus :

    • Une amélioration tangible des prestations de services pour la promotion du travail décent.
    • Une veille accrue sur le respect des lois par les employeurs et une protection renforcée des droits des salariés grâce à une maîtrise parfaite des procédures de conciliation.

    L’atelier s’est tenu à Gitega le 12 février 2026 et a été officiellement ouvert par l’Inspecteur Général du Travail et de la Sécurité Sociale, représentant le Ministre de tutelle.

    Dans son allocution, l’Inspecteur Général a tracé une feuille de route claire pour l’avenir de l’inspection au Burundi. Il a exprimé le souhait que cette formation se traduise par :

    • Une augmentation significative du taux de résolution amiable des litiges.
    • Une réduction du contentieux judiciaire et des délais de traitement des dossiers.
    • La production de procès-verbaux juridiquement inattaquables.

    Il a martelé avec force :

    « Si les inspecteurs maîtrisent la loi et agissent avec éthique, ils deviennent les garants d’un climat social serein, moteur du développement de notre pays. »

    En  terminant son discours, il a appelé les participants à transformer ces acquis en un changement visible sur le terrain, marqué par un professionnalisme accru, une diminution des conflits et une protection sociale renforcée pour tous les citoyens.

    7. Défis et Réalités du Terrain

      Malgré leur détermination, les inspecteurs du travail et de la sécurité sociale ont profité de cette tribune pour exposer les obstacles majeurs qui entravent leur mission au quotidien :

      • Résistance à la formalisation : De nombreux employeurs contournent l’obligation d’affilier leur personnel à l’INSS ou refusent de régulariser les relations de travail par des contrats écrits.
      • Obstacles socioculturels : Paradoxalement, certains travailleurs refusent eux-mêmes de signer des contrats formels, souvent par méconnaissance de leurs droits ou par « complexe » vis-à-vis des procédures administratives.
      • Contraintes logistiques : Le manque criant de moyens de déplacement limite la capacité des inspecteurs à effectuer des visites de contrôle impromptues et régulières sur l’ensemble du territoire.

      8. Recommandations Stratégiques

        Pour répondre à ces enjeux et renforcer l’efficacité de l’inspection, l’atelier s’est clôturé par l’adoption d’une série de recommandations clés :

        1. Synergie Tripartite : Organiser des sessions de renforcement des capacités regroupant inspecteurs, employeurs (incluant les organismes de sécurité sociale) et leaders syndicaux. L’accent doit être mis sur l’éthique professionnelle et la déontologie du dialogue social.
        2. Vulgarisation Juridique : Élaborer et diffuser des outils pédagogiques sur le Code du Travail afin de garantir une interprétation commune et une application rigoureuse de la législation par toutes les parties prenantes.
        3. Appui Réglementaire : Initier des cadres de concertation technique avec les ministères sectoriels pour accélérer l’élaboration et la mise en œuvre des textes d’application du Code du Travail, en veillant à leur adéquation avec les réalités du terrain.
        4. Décentralisation et Collaboration : Dynamiser le cadre de concertation entre les inspections du travail au niveau déconcentré et l’administration locale pour un meilleur maillage territorial.
        5. Formalisation de l’Économie : Intensifier les actions stratégiques visant la transition des travailleurs de l’économie informelle vers l’économie formelle, gage d’une protection sociale durable.
        6. Partage d’Expertise : Pérenniser les échanges d’expériences entre pairs (inspecteurs du travail et de la sécurité sociale) sur les meilleures pratiques et l’évolution des normes internationales.