Archives par catégorie: Formalisation

Structuration et formalisation des travailleurs-euses des hôtels, Bars et restaurants : vers un travail décent et productif

Bujumbura, ce 19 juin 2026 – Dans le cadre de l’exécution de son programme 2022-2026, la Confédération de Syndicats Libres du Burundi (CSB), bénéficiant de l’appui technique et financier de l’ONG We Social Movements (WSM), ouvre un nouveau front crucial pour l’avancement du travail décent. Après s’être mobilisée pour les acteurs de l’économie numérique, les mécaniciens et travailleurs de l’économie ambulante, la CSB s’attaque désormais aux violations structurelles des droits des travailleurs et travailleuses du secteur de l’hôtellerie, bar et restaurant. Derrière les façades accueillantes des établissements de Bujumbura se cache une précarité multidimensionnelle et un déni global des droits humains fondamentaux.

Une précarité systémique : L’analyse globale du secteur

Selon les problèmes spécifiques des participants, la CSB dresse un diagnostic sans concession croisant leurs difficultés quotidiennes avec les quatre piliers du travail décent de l’OIT et les Objectifs de Développement Durable (ODD) de l’ONU.

Problèmes spécifiques identifiés pour ces travailleurs-eusesPilier du Travail Décent bafoué (OIT)ODD non respecté(ONU)
Risques SST graves : Brûlures, coupures, chocs thermiques (cuisine/chambre froide), infections de la plonge, varices et maladies respiratoires sans gants ni masques.3. Protection sociale(Inexistence de mesures préventives et d’équipements de protection individuelle).ODD 3 : Bonne santé et bien-être.
Exploitation financière : Salaires dérisoires, obligation de rembourser la casse ou les factures des « clients filous ».1. Emploi et revenus productifs (Absence de rémunération juste, vol de salaire par des retenues abusives).ODD 1 : Pas de pauvreté.
ODD 8 : Travail décent et croissance économique.
Fraude contractuelle : Statut d’« extra permanent » pendant des années, aucun contrat écrit, licenciements instantanés sans préavis ni indemnités.2. Droits au travail (Négation de la sécurité de l’emploi et des garanties juridiques de base).ODD 8 : Travail décent.
ODD 16 : Paix, justice et institutions efficaces.
Abus de temps et de corps : Horaires extensibles la nuit sans majoration, polyvalence forcée, quotas de chambres intenables, fouilles corporelles humiliantes.2. Droits au travail (Atteinte à la dignité humaine et non-respect de la législation du temps de travail).ODD 8 : Travail décent.
Violence de genre et de rue : Harcèlement sexuel des serveuses par des clients ivres ou la hiérarchie. Trajets de nuit à pied à minuit sans transport, risques d’agressions.3. Protection sociale et 2. Droits au travail (Absence d’environnement de travail sûr et protecteur pour les femmes).ODD 5 : Égalité entre les sexes.
ODD 16 : Sécurité et réduction des violences.
Exclusion sociale légale : Absence totale d’affiliation à l’INSS et à la mutuelle de santé, zéro prise en charge en cas d’accident de travail.3. Protection sociale (Néant en couverture vieillesse, invalidité et couverture médicale).ODD 10 : Inégalitésréduites.
Néant démocratique : Dispersion des travailleurs, chantage à l’emploi, absence totale de cadre de dialogue ou de représentation face aux patrons.4. Dialogue social (Interdiction de fait du droit de s’organiser et de négocier).ODD 17 : Partenariats pour la réalisation des objectifs.

Afin de faire face à ces défis, il a été convenu de mobiliser l’ensemble des acteurs afin qu’ils soient informés des 4 piliers du travail décent et avoir un cadre de dialogue social.

Il a été recommandé aussi d’organiser un atelier de mobilisation et sensibilisation des employeursde bars, hôtels et restaurants sur les droits fondamentaux régissant le monde du travail. 

Yves Batungwanayo

CT de la CSB

Vendeurs-euses ambulants au Burundi : La CSB se mobilise pour la dignité des « invisibles de la rue » afin qu’ils soient structurés et contribuent au développement du pays

Bujumbura, le 18 juin 2026 – Dans le cadre de l’exécution de son programme stratégique 2022-2026, la Confédération Syndicale du Burundi (CSB), avec l’appui technique et financier de We Socail Movements  (WSM), poursuit son action de formalisation des travailleurs-euses  de l’économie informelle. Un atelier de mobilisation, de formation et de restructuration syndicale s’est tenu au CEPRODILIC.

Cette rencontre a réuni quarante-six (46) travailleurs et travailleuses ambulants issus de secteurs divers : alimentation (fruits, légumes, arachides), habillement, souliers, ainsi que des distributeurs de produits de réseaux (Forever). L’enjeu : sortir ces acteurs économiques majeurs d’un cycle de violences , et de précarité absolue.

Un choix forcé par les barrières économiques

Lors des débats, les participants ont apporté une clarification sociologique majeure : l’occupation de la rue n’est pas un choix délibéré. C’est la conséquence directe du manque de capital qui les empêche de louer des magasins ou des étals au centre-ville de Bujumbura. Condamnés à la mobilité pour survivre, ils font face à un environnement hostile que la CSB a analysé scientifiquement.

Synthèse : Droits et Réalités des 46 Travailleurs-euses Ambulants

Problèmes spécifiques de la rue (Burundi)Pilier du Travail Décent bafoué (OIT)ODD non respecté (ONU)
Barrière structurelle : Manque de capital pour louer un magasin au centre-ville. Choix forcé de la rue pour survivre.1. Emploi et revenus productifs (Inaccessibilité aux infrastructures commerciales décentes).ODD 8 : Travail décent et croissance économique. ODD 11 : Villes durables et inclusives.
Asphyxie financière : Vente à perte, endettement chez les grossistes, marges dérisoires (ex: arachides).1. Emploi et revenus productifs (Aucune garantie de gain minimal ni de sécurité d’activité).ODD 1 : Pas de pauvreté.
ODD 8 : Travail décent.
Violence institutionnelle : Saisies brutales, amendes de 100 000 FBU pour récupérer les biens, emprisonnement, criminalisation.2. Droits au travail (Invisibilité juridique et manque de dignité face aux autorités).ODD 16 : Paix, justice et institutions efficaces (Absence de recours).
Déficit de légitimité : Crise de confiance des clients envers la qualité des produits et le statut du vendeur.2. Droits au travail (Déficit de reconnaissance et de réputation professionnelle).ODD 8 : Croissance économique freinée par la méfiance du marché.
Usure et insécurité : Épuisement du corps, maladies, harcèlement. Femmes chefs de ménage doublement pénalisées.3. Protection sociale (Zéro couverture médicale, aucune mutuelle, aucun congé).ODD 3 : Bonne santé.
ODD 5 : Égalité entre les sexes.
Isolement politique : Dispersion des vendeurs, peur des représailles, absence totale de cadre de dialogue ou de représentation.4. Dialogue social (Pas de voix collective face à la Mairie ou à l’État).ODD 17 : Partenariats pour la réalisation des objectifs.

Résumé des enjeux majeurs identifiés

  • Le Piège Économique : Les travailleurs accumulent les dettes, liquident parfois à perte et subissent une méfiance des consommateurs qui dévalue la valeur réelle de leurs marchandises.
  • Le Double Châtiment : En plus de l’épuisement physique, ils peuvent être punies par des amendes de 100 000 FBU et des peines de prison, détruisant instantanément le micro-capital de survie.
  • La Double Charge Invisible : Les femmes, souvent uniques responsables de leur ménage, gèrent la survie de leurs enfants dans un climat de harcèlement constant et sans aucun filet de sécurité sociale (sans mutuelle).

L’expertise du Ministère : Baliser le chemin du droit

Pour guider les 46 délégués vers une refondation solide, un expert  du Ministère ayant le travail dans ses attributions a animé une session technique cruciale. Son intervention a permis d’apporter des réponses juridiques claires sur la doctrine organisationnelle, la feuille de route de mise en conformité et l’éthique du leadership (intégrité et courage).

L’atelier s’est conclu par un acte de constituer une organisationnelle professionnelle et structurés afin de pouvoir bénéficier les 4 piliers du travail décent et les ODD. Une mise en place d’une commission ad hoc a été mise en place pour continuer à enrichir l’idée de structuration afin qu’ils puissent répondre aux lois du pays et le travail décent dans ces 4 piliers.

Yves batungwanayo

CT de la CSB

Vendeurs d’unités de recharge et de transfert de monnaie électronique au Burundi : la CSB relance la dynamique syndicale pour sortir de l’informel

Bujumbura, le 17 juin 2026 – Dans le cadre de la mise en œuvre de son Programme stratégique 2022-2026, la Confédération Syndicale du Burundi (CSB), avec l’appui financier de l’ONG We Social Movements (WSM), a organisé un atelier de mobilisation, de sensibilisation et de structuration des vendeurs d’unités de recharge et des agents de transfert de monnaie électronique.

Tenu au CEPRODILIC, cet atelier a réuni quarante (46) délégués représentant les travailleurs du secteur. L’objectif était de renforcer l’organisation collective de ces acteurs de l’économie numérique et de redynamiser leur syndicat de base afin de lutter contre la précarité qui caractérise une activité en pleine expansion mais largement dominée par l’informalité.

Un secteur en croissance confronté à de multiples défis

Les vendeurs et gestionnaires de points de services opérant sur les plateformes de monnaie électronique telles qu’Ecocash, Lumicash, Enoti et Akaravyo jouent un rôle essentiel dans l’inclusion financière de la population burundaise. Pourtant, leur contribution à l’économie nationale contraste avec les conditions difficiles dans lesquelles ils exercent leur activité.

Au cours de l’atelier, le Coordinateur technique de la CSB a présenté une analyse des réalités du secteur à la lumière des quatre piliers du travail décent de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et des Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies.

L’absence de cadre contractuel

L’un des principaux constats concerne l’inexistence de relations contractuelles formelles entre les agents de terrain, les super-agents, les sociétés de télécommunications et les institutions financières partenaires.

Cette situation expose les travailleurs à de nombreuses pratiques arbitraires, notamment le blocage sans préavis des comptes de monnaie électronique (« float »), privant instantanément les agents de leur principal outil de travail sans mécanisme de recours clairement défini.

Une répartition inéquitable des revenus

Les participants ont également dénoncé les faibles commissions qui leur sont accordées malgré leur rôle central dans la chaîne de distribution des services financiers numériques.

Les chiffres présentés illustrent cette disparité :

  • Pour un transfert de 100 000 FBu, la commission totale générée est de 6 000 FBu, mais l’agent de terrain ne reçoit que 630 FBu, soit 10,5 % du montant total.
  • Pour un transfert de 500 000 FBu, la commission totale atteint 16 500 FBu, tandis que l’agent ne perçoit que 2 300 FBu, soit 13,9 %.

Ainsi, entre 86 % et 89 % de la valeur créée est captée par les opérateurs et les différents intermédiaires.

Les participants ont également souligné les difficultés liées à l’accès à la liquidité, certaines institutions financières ne fournissant pas les fonds nécessaires à l’ensemble des agents de manière équitable.

Une protection sociale inexistante

L’atelier a révélé l’absence quasi totale de protection sociale dans le secteur. Les travailleurs ne bénéficient ni d’assurance maladie, ni de mécanismes de retraite, ni de dispositifs de protection contre les risques professionnels ou sécuritaires auxquels ils sont quotidiennement exposés.

L’appui du ministère en charge du Travail

Afin de renforcer la légitimité du processus de structuration, l’atelier a bénéficié de la participation d’un haut cadre du ministère ayant le Travail dans ses attributions.

Son intervention a porté sur trois axes majeurs :

Le syndicalisme comme droit fondamental

Le facilitateur a rappelé que la liberté syndicale constitue un droit garanti par la Constitution et par les conventions internationales ratifiées par le Burundi. Il a insisté sur le rôle des organisations syndicales dans la promotion du dialogue social, de la négociation collective et de la justice sociale.

Les démarches de formalisation

Les participants ont été informés des différentes étapes nécessaires à la mise en conformité juridique de leur organisation, notamment la révision des statuts et l’obtention de la reconnaissance officielle auprès des autorités compétentes.

Le leadership au service de la gouvernance syndicale

L’expert a également mis en évidence les qualités attendues des futurs dirigeants du syndicat : intégrité, transparence dans la gestion des ressources, capacité de mobilisation, esprit de dialogue et aptitude à représenter aussi bien les agents fixes que les agents ambulants.

Un engagement ferme en faveur de l’enregistrement du syndicat

L’un des résultats majeurs de l’atelier a été l’engagement des participants à finaliser rapidement la révision de leurs textes fondateurs et à déposer officiellement leur dossier d’enregistrement auprès du ministère de tutelle.

Cette reconnaissance juridique permettra au syndicat d’acquérir la personnalité civile et de devenir un interlocuteur légitime dans les discussions avec les sociétés de télécommunications, les super-agents et les institutions financières.

Les principales revendications du secteur

Une fois l’enregistrement obtenu, le syndicat entend porter plusieurs revendications prioritaires :

  1. La mise en place de contrats d’agence écrits et standardisés entre les agents, les super-agents et les institutions financières ;
  2. La révision des grilles de commissions afin de garantir une rémunération plus équitable ;
  3. L’octroi transparent et équitable de liquidités à l’ensemble des agents ;
  4. L’instauration de mécanismes d’arbitrage et de règlement des litiges liés aux blocages de comptes, aux problèmes techniques ou aux cas d’escroquerie.

Vers un dialogue social inclusif

La CSB a réaffirmé son engagement à accompagner cette corporation dans son processus de structuration et de formalisation.

La prochaine étape consistera à organiser un cadre de dialogue réunissant l’ensemble des parties prenantes du secteur, notamment les agents de terrain, les super-agents, les sociétés de télécommunications et les institutions financières. Cette démarche vise à favoriser la recherche de solutions concertées aux défis qui affectent les travailleurs de l’économie numérique.

À travers cette initiative, la CSB réaffirme sa conviction qu’aucun travailleur ne doit être laissé en marge du travail décent et que la transformation numérique doit s’accompagner du respect des droits fondamentaux au travail.

Par Yves Batungwanayo
Coordinateur technique de la CSB

La CSB lance une campagne de structuration et de formalisation des travailleurs de l’économie informelle au Burundi : la syndicalisation au service d’un travail décent et productif

Bujumbura, Hôtel CEPRODILIC, le 16 juin 2026 – La Confédération des Syndicats Libres du Burundi (CSB), avec l’appui de son partenaire We Social Movements (WSM), a lancé ce mardi une campagne nationale de quatre jours consacrée à la structuration, à la formalisation et à la syndicalisation des travailleurs de l’économie informelle. Cette initiative s’inscrit dans la promotion du travail décent et productif conformément aux Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment l’ODD 5 relatif à l’égalité entre les sexes et l’ODD 8 portant sur le travail décent et la croissance économique.

Une économie largement dominée par l’informalité

Au Burundi, l’économie informelle représente une réalité majeure du marché du travail. Selon les données de l’Institut National de la Statistique du Burundi (INS, 2023), près de 90,7 % des travailleurs exercent leurs activités dans le secteur informel.

Malgré leur contribution essentielle à l’économie nationale, ces travailleurs évoluent souvent dans des conditions précaires caractérisées par l’absence de protection sociale, l’instabilité des revenus, l’accès limité aux financements et aux marchés publics, ainsi que le manque de mécanismes de représentation et de dialogue avec les autorités publiques.

Consciente de ces défis, la CSB met en œuvre, à travers l’Axe 2 du Programme CSB–WSM 2022-2026, des actions visant à accompagner les travailleurs de l’économie informelle vers une transition progressive et inclusive vers l’économie formelle.

Première étape : renforcer l’organisation des travailleurs mécaniciens

La campagne a débuté par un atelier de formation réunissant 40 travailleurs mécaniciens issus de différents ateliers de réparation automobile de Bujumbura.

Acteurs indispensables à la mobilité des personnes et des biens, les mécaniciens font face à de nombreuses difficultés, notamment :

  • Des conditions de travail pénibles, marquées par de longues heures de travail, une faible rémunération et une exposition régulière à des produits dangereux sans équipements de protection adéquats ;
  • Un accès limité à la formation professionnelle continue, pourtant nécessaire pour suivre l’évolution technologique du secteur automobile ;
  • Des contraintes économiques importantes liées au coût des équipements, des outils de travail et des espaces d’exploitation.

L’objectif de cette première journée est de renforcer les capacités des participants afin de favoriser leur formalisation et de les accompagner dans la redynamisation d’un syndicat de base fort, représentatif et autonome.

Une campagne de quatre jours pour quatre secteurs stratégiques

La campagne se poursuivra jusqu’au 19 juin 2026 et touchera au total 160 travailleurs issus de quatre secteurs d’activités :

16 juin 2026 : Travailleurs mécaniciens ;

17 juin 2026 : Vendeurs et vendeuses d’unités de recharge téléphonique et de services de monnaie électronique ;

18 juin 2026 : Vendeurs et vendeuses ambulants ;

19 juin 2026 : Travailleurs des hôtels, bars et restaurants.

Chaque atelier réunira 40 participants et constituera une opportunité d’échanges, de sensibilisation et de renforcement des capacités en matière de droits au travail et d’organisation syndicale.

Un programme de formation orienté vers l’autonomisation

Les sessions de formation seront articulées autour de quatre modules principaux :

1. Formalisation et transition vers l’économie formelle

Présentation des avantages de la formalisation ainsi que des mécanismes prévus par la Recommandation n°204 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

2. Cadre légal et création des organisations syndicales

Analyse des dispositions du Code du travail burundais relatives à la création, à l’enregistrement et au fonctionnement des syndicats.

3. Renforcement de la valeur ajoutée de l’adhésion syndicale

Réflexion sur les services pouvant être offerts aux membres, notamment la solidarité professionnelle, l’accès aux mutuelles de santé, la défense des intérêts collectifs et la protection contre les abus.

4. Autonomie financière et gouvernance syndicale

Promotion d’un système de cotisation adapté, de la transparence financière et de l’utilisation des outils numériques dans la gestion des organisations syndicales.

Un engagement en faveur de la dignité des travailleurs

À travers cette campagne, la CSB réaffirme son engagement à promouvoir la justice sociale, la protection des travailleurs et le dialogue social au Burundi. En soutenant la structuration et la formalisation des travailleurs de l’économie informelle, l’organisation contribue à leur offrir une meilleure protection, une représentation collective efficace et des perspectives économiques durables.

La CSB invite le public à suivre quotidiennement l’évolution de cette campagne à travers son site web et ses plateformes officielles.

Yves Batungwanayo
Conseiller Technique de la CSB

Mutualité communautaire de Santé et formalisation : un tandem stratégique d’un travail décent  pour les travailleurs de l’économie informelle

La Confédération de Syndicats Libres du Burundi ( CSB)  développe depuis 2017  deux actions différentes mais ayant un même objectif : la formalisation et la mutualisation.  

De la formalisation :

1. Contexte

  • Au Burundi, 90,7% des travailleurs actifs travaillent en situation d’informalité[1]. Ces travailleur.euses exercent leurs activités professionnelles sans autorisation, ni protection sociale, ni protection physique, avec une instabilité de l’emploi et un faible revenu. Ils pâtissent d’un faible accès aux financements, aux infrastructures de travail appropriées, et peinent à écouler leurs produits. Ils rencontrent également des obstacles importants pour accéder et répondre aux marchés publics et privés.
  • Face à cette situation problématique, la Confédération de Syndicats Libres du Burundi ( CSB)  met au cœur de ses  activités des actions de syndicalisation et formation de ces travailleur.euses afin qu’ils puissent accéder à la formalisation. La mise en œuvre de la recommandation 2004 de l’OIT sur la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle constitue un impératif absolu pour la CSB car elle permet d’œuvrer à promouvoir le travail décent, la protection sociale et améliore les conditions de travail des travailleur.euses de l’économie informelle.

2. Ciblage

  • Ainsi, la  CSB, a ciblé spécifiquement certaines catégories de travailleur.euses sur l’ensemble du territoire national qui s’avèrent les populations les plus touchées par l’informalité au Burundi et qui en subissent les dommages les plus importants en termes de précarisation  : les producteur.trices de produits vivriers, travailleur.euses des bars, hôtels et restaurants, travailleur.euses du secteur minier,  les vendeur.euses ambulant.es, les mécaniciens , les travailleur.euses transférant des unités de téléphone et de la monnaie électronique à travers les téléphones.

3. Stratégie

  • Pour la CSB, la formalisation débute par la sensibilisation et la mobilisation de petits groupes de professionnels.  Il faut en effet avant tout pouvoir convaincre que la formalisation apporte une valeur ajoutée et que leur vie sera améliorée. Pour cela, la CSB s’appuie sur les autorités locales, des leaders communautaires et autres organisations sociales locales. Ils s’allient afin d’instaurer un climat de confiance propice au dialogue autour des enjeux et objectifs de la formalisation. Des conventions sont adoptées avec des autorités locales afin de sensibiliser et former les travailleur.euses autour de ces questions que sont les droits au travail, l’accès à la protection sociale ainsi que les instruments juridiques nationaux et internationaux (comme la Convention 102 de l’OIT sur la protection sociale et la Recommandation 204). Car la formalisation du travail n’est pas toujours bien considérée par les populations et les résistances peuvent apparaitre, tant les habitudes sont durablement ancrées au sein des populations et consacrent le travail en situation d’informalité comme étant la panacée, car constituant une activité rapidement rémunératrice et sans contraintes apparentes.
  • Ensuite, la CSB accompagne la constitution en premier lieu de groupements professionnels qui peuvent ensuite se muer en syndicats lorsque le collectif est assez mature pour mener des luttes plus ambitieuses en termes de travail décent et d’accès à la protection sociale. Ces travailleur.euses s’organisent ainsi collectivement et réclamer leurs droits auprès des autorités locales, régionales et nationales. La lutte principale est actuellement centrée sur la reconnaissance et l’enregistrement par les autorités étatiques des syndicats en particulier le ministère ayant le travail dans ses attributions. Beaucoup de demandes d’enregistrement se heurtent au refus du ministère sectoriel, ce dernier arguant divers arguments comme le manque de représentativité de ces syndicats ou encore le fait que telle ou telle activité manque d’employeur en tant que tel. Les résistances à se syndicaliser peuvent également émaner des travailleur.euses eux.elles-mêmes, qui peuvent avoir peur de perdre leur emploi face à un patron mécontent sur le fait qu’ils puissent réclamer davantage de droits. Il est donc primordial de sensibiliser aux avantages de la lutte collective, de s’associer en syndicats afin de faire valoir ses droits et de comprendre que le dialogue social est un instrument puissant permettant d’obtenir des accords positifs pour les travailleur.euses.
  •  Nonobstant, grâce à un travail de plaidoyer intense des syndicats alliés à des organisations de la société civile, le code du travail burundais reconnaît désormais légalement les travailleur.euses en situation d’informalité comme faisant partie intégrante du tissu économique burundais. Les syndicats et mouvements sociaux continuent désormais leur travail de pression auprès des autorités pour que ces dernières ratifient de conventions clés de l’OIT qui permettront aux travailleur.euses d’accéder à une vie plus décente.
  • Des actions synergiques
  •  La CSB, lead du réseau International du droit à la Protection Sociale ( INSP !R Burundi)  effectue un  travail d’alliance entre syndicats et d’autres organisations de la société civile.  Ce réseau se focalise sur   le travail de plaidoyer, l’alliance des syndicats et mutualistes  afin de proposer l’adhésion des affiliés syndicaux à leurs services, et ainsi leur permettre d’accéder à des soins de santé de qualité et abordables financièrement. Le travail en réseau permet également de diversifier l’offre de formation pour les travailleur.euses. Ainsi, des formations sont dispensées sur le développement durable, l’économie circulaire et sur des techniques professionnelles (plomberie, maçonnerie, soudure, électricité, etc.)

[1] Institut National des Statistiques du Burundi.

Mutaulisation:

Apres formalisation- syndicalisation : Comment accéder aux soins de santé : Mutuelles communautaires de Santé

  • La mutualité communautaire de santé est un système de protection sociale basé sur la solidarité entre membres d’une communauté. Elle permet à ses membres de cotiser régulièrement un montant convenu afin de bénéficier d’un accès aux soins de santé à moindre coût en cas de besoin.  Elle joue un rôle clé dans le développement socioéconomique des travailleurs de l’économie informelle et dans l’élargissement de la protection sociale. Comme déjà dit, plus de 90,7 % des travailleurs sont dans l’économie informelle. Ils ont besoins d’être accompagné pour qu’ils bénéficient du travail décent dans ses 4 piliers.

La mutualisation permet aux travailleurs de l’économie informelle :

  • L’accès   aux soins de santé :  Elle permet aux travailleurs informels de bénéficier de soins médicaux de qualité à moindres coûts, sans attendre d’être formellement couverts par un régime de sécurité sociale classique
  • La Réduction des dépenses imprévues : En cas de maladie ou d’accident, la mutuelle évite aux familles de s’endetter ou de vendre leurs biens pour payer les soins,
  • La solidarité et entraide communautaire : En mutualisant les contributions, chaque membre bénéficie du soutien de l’ensemble du groupe, ce qui renforce la cohésion sociale,
  • L’amélioration de la qualité de vie : Une meilleure santé permet aux travailleurs d’être plus productifs, réguliers dans leur travail, et donc d’améliorer leurs revenus ;
  • C’est la précondition à la formalisation : Être membre d’une mutuelle favorise l’organisation collective, l’identification des travailleurs et leur intégration progressive dans les systèmes formels ;
  • Le  Renforcement du pouvoir de négociation : Les membres organisés autour d’une mutuelle peuvent mieux dialoguer avec les autorités et les prestataires de soins pour défendre leurs droits ;
  • La  Sécurité pour les familles :  En incluant les ayants droit (conjoint, enfants…), la mutuelle protège l’ensemble du foyer contre les risques liés à la santé.

Afin de faire face à cette situation problématique,  la CSB a organisé deux ateliers de mobilisation et Conscientisation des  autorités locales et leaders communautaire  des provinces Gitega et Burunga, spécifiquement à Nyakararo et Matana pour qu’ils sensibilisent les travailleurs de l’économie informelle afin qu’ils aient accès aux soins de santé .

L’objectif spécifique de ces deux ateliers était de Conscientiser les autorités locales  et leaders communautaires  pour que les travailleurs du secteur informel précaire adhérent aux  mutualités  de santé communautaire. Ainsi, 60 autorités locales et leaders communautaires ont été sensibilisés à la mobilisation et sensibilisation des travailleurs  de l’économie informelle pour qu’ils adhèrent aux mutuelles de santé communautaire .

Ainsi, à Mwaro, Nyakararo, cette action de sensibilisation a été réalisée avec un expert mutualiste de la Mutuelle Nationale de Santé ( MUNASA) tandis qu’à Matana, elle a été réalisée avec l’expert mutualiste de FVS ( Actions synergique avec les mutuelles communautaire de santé)

Une feuille de route a été élaboré avec une stratégie de mise en œuvre.

 Mutualité et formalisation :  outil stratégique pour le travail décent, de protection sociale, du travail , d’inclusion, et de dignité pour les travailleurs de l’économie informelle

Par Yves BATUNGWANAYO

Coordinateur technique de la CSB

Séminaire continental sur la formalisation : un Guide syndical sur les approches innovantes

 En Afrique, plus de 85% des travailleurs et travailleuses sont dans l’économie informelle. Ils travaillent et vivent dans des conditions ne respectant pas les conditions du travail décent. Ils n’ont pas accès à aucun mécanisme de Protection Sociale, pas d’accès au revenu minimum, pas d’accès aux soins de santé, pas d’accès à la sécurité sociale, ils n’ont pas de contrat, etc. c’est dans ce cadre qu’un Séminaire Continental sur la Formalisation de l’Economie Informelle a été organisé sous le thème : Faire progresser le travail décent grâce aux transitions vers la formalité : de la protection sociale et l’économie sociale et solidaire pour ne laisser personne de côté.  Séminaire organisé dans le cadre du programme commun (DGD 2022-2026) ACV-CSCi-BIS-MSI-WSM, ACV-CSC International qui a eu lieu à Noom Hôtel, Niamey-Niger  du 24-26 Novembre 2025

Au cours de ce séminaire, il  a été analysé et validé un guide syndical sur les approches innovantes pour promouvoir la transition de l’économie formelle vers l’économie formelle en faveur du travail décent . C’est un guide qui est extrêmement important résultant du travail conjoint entre les acteurs syndicalistes et tous les partenaires œuvrant pour promouvoir le travail décent.

De même, il a été une occasion en or d’échange sur :

  • les actions innovantes pour la formalisation des acteurs de l’économie informelle,
  • introduction à la mobilisation des ressources financières pour la protection sociale et la couverture santé pour une couverture réussie des travailleurs de l’économie informelle
  • L’avenir de l’Economie Sociale et Solidaire comme stratégie/outil de formalisation de l’économie informelle,
  •  La protection sociale inclusive comme levier de formalisation de l’économie informelle : financement durable, accès des travailleurs informels à la couverture sociale et création d’emplois,
  • Articulation entre protection sociale et santé-sécurité au travail : vers une couverture inclusive des travailleurs de l’économie informelle,
  • Le dialogue social comme levier de formalisation de l’économie informelle : ratification et mise en œuvre des conventions et instruments de l’OIT en faveur de la formalisation
  • La représentativité des travailleurs de l’économie informelle dans les instances de dialogue social : une stratégie clé pour la formalisation, Renforcer l’organisation et la structuration des travailleurs informels : vers une représentation efficace et une meilleure inclusion,
  • Priorités de la CSI-Afrique sur la formalisation de l’économie informelle & les axes dégagés lors des Ateliers de planification de Cotonou et Kinshasa

La Confédération de Syndicat du Burundi à a été représenté par des acteurs dont le point focal sur la formalisation et Camarade Marie Viviane KIYAGO, du Syndicat affilié à la CSB.

 La restitution au niveau  des syndicats de base…

Formalisation : Transition de l’économie informelle vers l’économie formelle : formalisation pour la syndicalisation

Afin de permettre aux travailleurs d’atteindre les 4 piliers du travail décent, la Confédération des Syndicats libres du Burundi (CSB), avec l’appui de WSM (We Social Mouvements), a organisé ce lundi le 16 décembre 2024 à Bujumbura, hôtel CEPRODILIC, un atelier de mobilisation et sensibilisation des travailleurs non structurés pour qu’ils quittent le secteur informel vers le secteur formel : Vers la structuration, la professionnalisation et la syndicalisation pour un travail décent et productif.

Les cibles visées étaient de deux catégories. Les travailleurs mécaniciens et vendeurs des unités de recharge et transfert de monnaie électronique.

Pour le choix de ces groupes cibles ?

1. Vendeurs des Unités :

Ainsi, les vendeurs d’unités de recharge et de transfert de monnaie électronique (transferts des unités, transferts de monnaie électronique comme Ecocash, Lumicash, Enoti, Akaravyo,etc ) rencontrent souvent des situations problématiques qui affectent leur activité. Nous pouvons citer :

  • La forte dépendance aux opérateurs, qui peuvent modifier unilatéralement (absence de dialogue Social) les commissions mais aussi qui peuvent imposer des frais élevés ou des objectifs de vente plus élevés, ce qui limite les revenus de ces travailleurs effectuant les opérations de recharge ou de transfert.  
  • D’autres risques sont imminents entre autre risques liés à la liquidité (disposition d’un équilibre constant entre monnaie électronique et espèces) plafond fixé sans concertation, etc
  •  Inexistence de protection sociale ou juridique pour ces travailleurs (ils n’ont généralement de couverture sociale (contrat de travail, assurance maladie, retraite).En cas de litige avec un client ou un opérateur, ils disposent rarement d’un recours juridique clair. De même, ils sont  exposés à des risques liés aux  clients frauduleux (faux transferts, arnaques), aux  vols ou braquages, car ils manipulent des liquidités.
  • Etc…

Malgré tous ces problèmes, ce sont des travailleurs indépendants ou individuels, ils ne sont pas organisés, ils ne sont pas structurés, ils n’ont pas un organe de plaidoyer pour negocier des conditions de travail favorable pour l’intérêt du travail et des travailleurs. Ils ont besoins de pouvoir négocier des commissions pour garantir une rémunération plus équitable, d’être formés pour le renforcement de leurs compétences, d’avoir un cadre de dialogue social pour gérer les litiges ou accéder à des fonds de roulement, de se syndiquer afin d’accéder à des droits sociaux.

2. Travailleurs mécaniciens :

Les travailleurs mécaniciens sont eux aussi classés dans les groupes de travailleurs de petits métiers non structurés. Ils rencontrent beaucoup de défis liés aux conditions de travail   dont :

  •  Horaires exigeants : Les mécaniciens travaillent souvent de longues heures, y compris les week-ends et les jours fériés sans contre partie avec la rémunération
  • Exposition à des substances toxiques (huiles, solvants, etc.) et à des machines lourdes  qui peut entraîner des risques pour la santé.
  • Fatigue physique : Le travail manuel prolongé, notamment dans des positions inconfortables, peut provoquer des troubles musculo-squelettiques : aucune forme de sécurité au travail
  • Les salaires des mécaniciens sont souvent considérés comme bas par rapport à la technicité du métier et aux exigences physiques qu’il impose.
  • Absence de formations et évolution professionnelle  parfois coûteuses et continues
  • Beaucoup de mécaniciens n’ont pas accès à des programmes de formation adaptées, ce qui peut limiter leur compétitivité sur le marché
  • Le métier est parfois perçu comme peu valorisant, bien que les mécaniciens jouent un rôle essentiel dans la sécurité et la mobilité de tous
  • Le manque de reconnaissance peut affecter la motivation et l’estime de soi.
  • Problèmes économiques pour les indépendants : les mécaniciens à leur compte doivent faire face à des charges financières importantes, notamment les coûts de l’équipement, de l’espace de travail et des licences
  • La concurrence avec de grandes entreprises ou des franchises peut rendre leur activité difficilement rentable
  •  Impact des nouvelles technologies : Les véhicules modernes nécessitent des compétences en informatique et en électronique. Les mécaniciens qui n’évoluent pas risquent de perdre leur emploi.

C’est ainsi qu’ils ont besoin d’être organisés afin :

  • Améliorer les conditions de travail : Fournir des équipements ergonomiques et des mesures de sécurité renforcées.
  • Augmenter les salaires : Valoriser les mécaniciens en ajustant leur rémunération en fonction de leurs compétences et de leur expérience
  • Favoriser la formation continue : Proposer des formations subventionnées pour maîtriser les nouvelles technologies
  • Renforcer la reconnaissance du métier : Mener des campagnes pour sensibiliser le public à l’importance de leur rôle
  • Avoir un cadre de dialogue social
  • Bénéficier des appuis des partenaires sociaux pour le renforcement des capacités, leurs doter des  kits de protections individuelles, etc.

C’est ainsi que la CSB en partenariat avec WSM a organisé un atelier de mobilisation et sensibilisation des travailleurs non structurés pour qu’ils quittent le secteur informel vers le secteur formel : Vers la structuration, la professionnalisation et la syndicalisation pour un travail décent et productif.

Objectif général de l’atelier :

Constituer les syndicats des travailleurs du secteur informel pour la structuration et la professionnalisation.

Objectifs spécifiques

Accompagner les travailleurs transférants les unités et la monnaie électronique à travers les téléphones pour la tenue d’une Assemblée Générale constituant le Syndicat des travailleurs des services de transferts de la monnaie électronique et des unités au Burundi

Accompagner les travailleurs Mécaniciens du Burundi pour la tenue d’une Assemblée Générale constituant le    Syndicat des Travailleurs Mécaniciens du Burundi

La constitution du syndicat des travailleurs mécaniciens et élection des organes

Résultats atteints :

  • Une Assemblée Générale constituante du syndicat National des Mécaniciens du Burundi a été tenue avec élection du comité Exécutif ;
  • Une Assemblée Générale constituante du syndicat des travailleurs de transferts des unités de recharge et la monnaie électronique du Burundi (SYTRAMEBU) avec élection du comité Exécutif 

Une feuille de route a été tracée pour finaliser le processus de demande d’enregistrement.