La Confédération de Syndicats Libres du Burundi ( CSB) développe depuis 2017 deux actions différentes mais ayant un même objectif : la formalisation et la mutualisation.
De la formalisation :
1. Contexte
- Au Burundi, 90,7% des travailleurs actifs travaillent en situation d’informalité[1]. Ces travailleur.euses exercent leurs activités professionnelles sans autorisation, ni protection sociale, ni protection physique, avec une instabilité de l’emploi et un faible revenu. Ils pâtissent d’un faible accès aux financements, aux infrastructures de travail appropriées, et peinent à écouler leurs produits. Ils rencontrent également des obstacles importants pour accéder et répondre aux marchés publics et privés.
- Face à cette situation problématique, la Confédération de Syndicats Libres du Burundi ( CSB) met au cœur de ses activités des actions de syndicalisation et formation de ces travailleur.euses afin qu’ils puissent accéder à la formalisation. La mise en œuvre de la recommandation 2004 de l’OIT sur la transition de l’économie informelle vers l’économie formelle constitue un impératif absolu pour la CSB car elle permet d’œuvrer à promouvoir le travail décent, la protection sociale et améliore les conditions de travail des travailleur.euses de l’économie informelle.
2. Ciblage
- Ainsi, la CSB, a ciblé spécifiquement certaines catégories de travailleur.euses sur l’ensemble du territoire national qui s’avèrent les populations les plus touchées par l’informalité au Burundi et qui en subissent les dommages les plus importants en termes de précarisation : les producteur.trices de produits vivriers, travailleur.euses des bars, hôtels et restaurants, travailleur.euses du secteur minier, les vendeur.euses ambulant.es, les mécaniciens , les travailleur.euses transférant des unités de téléphone et de la monnaie électronique à travers les téléphones.
3. Stratégie
- Pour la CSB, la formalisation débute par la sensibilisation et la mobilisation de petits groupes de professionnels. Il faut en effet avant tout pouvoir convaincre que la formalisation apporte une valeur ajoutée et que leur vie sera améliorée. Pour cela, la CSB s’appuie sur les autorités locales, des leaders communautaires et autres organisations sociales locales. Ils s’allient afin d’instaurer un climat de confiance propice au dialogue autour des enjeux et objectifs de la formalisation. Des conventions sont adoptées avec des autorités locales afin de sensibiliser et former les travailleur.euses autour de ces questions que sont les droits au travail, l’accès à la protection sociale ainsi que les instruments juridiques nationaux et internationaux (comme la Convention 102 de l’OIT sur la protection sociale et la Recommandation 204). Car la formalisation du travail n’est pas toujours bien considérée par les populations et les résistances peuvent apparaitre, tant les habitudes sont durablement ancrées au sein des populations et consacrent le travail en situation d’informalité comme étant la panacée, car constituant une activité rapidement rémunératrice et sans contraintes apparentes.
- Ensuite, la CSB accompagne la constitution en premier lieu de groupements professionnels qui peuvent ensuite se muer en syndicats lorsque le collectif est assez mature pour mener des luttes plus ambitieuses en termes de travail décent et d’accès à la protection sociale. Ces travailleur.euses s’organisent ainsi collectivement et réclamer leurs droits auprès des autorités locales, régionales et nationales. La lutte principale est actuellement centrée sur la reconnaissance et l’enregistrement par les autorités étatiques des syndicats en particulier le ministère ayant le travail dans ses attributions. Beaucoup de demandes d’enregistrement se heurtent au refus du ministère sectoriel, ce dernier arguant divers arguments comme le manque de représentativité de ces syndicats ou encore le fait que telle ou telle activité manque d’employeur en tant que tel. Les résistances à se syndicaliser peuvent également émaner des travailleur.euses eux.elles-mêmes, qui peuvent avoir peur de perdre leur emploi face à un patron mécontent sur le fait qu’ils puissent réclamer davantage de droits. Il est donc primordial de sensibiliser aux avantages de la lutte collective, de s’associer en syndicats afin de faire valoir ses droits et de comprendre que le dialogue social est un instrument puissant permettant d’obtenir des accords positifs pour les travailleur.euses.
- Nonobstant, grâce à un travail de plaidoyer intense des syndicats alliés à des organisations de la société civile, le code du travail burundais reconnaît désormais légalement les travailleur.euses en situation d’informalité comme faisant partie intégrante du tissu économique burundais. Les syndicats et mouvements sociaux continuent désormais leur travail de pression auprès des autorités pour que ces dernières ratifient de conventions clés de l’OIT qui permettront aux travailleur.euses d’accéder à une vie plus décente.
- Des actions synergiques
- La CSB, lead du réseau International du droit à la Protection Sociale ( INSP !R Burundi) effectue un travail d’alliance entre syndicats et d’autres organisations de la société civile. Ce réseau se focalise sur le travail de plaidoyer, l’alliance des syndicats et mutualistes afin de proposer l’adhésion des affiliés syndicaux à leurs services, et ainsi leur permettre d’accéder à des soins de santé de qualité et abordables financièrement. Le travail en réseau permet également de diversifier l’offre de formation pour les travailleur.euses. Ainsi, des formations sont dispensées sur le développement durable, l’économie circulaire et sur des techniques professionnelles (plomberie, maçonnerie, soudure, électricité, etc.)
[1] Institut National des Statistiques du Burundi.
Mutaulisation:
Apres formalisation- syndicalisation : Comment accéder aux soins de santé : Mutuelles communautaires de Santé
- La mutualité communautaire de santé est un système de protection sociale basé sur la solidarité entre membres d’une communauté. Elle permet à ses membres de cotiser régulièrement un montant convenu afin de bénéficier d’un accès aux soins de santé à moindre coût en cas de besoin. Elle joue un rôle clé dans le développement socioéconomique des travailleurs de l’économie informelle et dans l’élargissement de la protection sociale. Comme déjà dit, plus de 90,7 % des travailleurs sont dans l’économie informelle. Ils ont besoins d’être accompagné pour qu’ils bénéficient du travail décent dans ses 4 piliers.
La mutualisation permet aux travailleurs de l’économie informelle :
- L’accès aux soins de santé : Elle permet aux travailleurs informels de bénéficier de soins médicaux de qualité à moindres coûts, sans attendre d’être formellement couverts par un régime de sécurité sociale classique
- La Réduction des dépenses imprévues : En cas de maladie ou d’accident, la mutuelle évite aux familles de s’endetter ou de vendre leurs biens pour payer les soins,
- La solidarité et entraide communautaire : En mutualisant les contributions, chaque membre bénéficie du soutien de l’ensemble du groupe, ce qui renforce la cohésion sociale,
- L’amélioration de la qualité de vie : Une meilleure santé permet aux travailleurs d’être plus productifs, réguliers dans leur travail, et donc d’améliorer leurs revenus ;
- C’est la précondition à la formalisation : Être membre d’une mutuelle favorise l’organisation collective, l’identification des travailleurs et leur intégration progressive dans les systèmes formels ;
- Le Renforcement du pouvoir de négociation : Les membres organisés autour d’une mutuelle peuvent mieux dialoguer avec les autorités et les prestataires de soins pour défendre leurs droits ;
- La Sécurité pour les familles : En incluant les ayants droit (conjoint, enfants…), la mutuelle protège l’ensemble du foyer contre les risques liés à la santé.
Afin de faire face à cette situation problématique, la CSB a organisé deux ateliers de mobilisation et Conscientisation des autorités locales et leaders communautaire des provinces Gitega et Burunga, spécifiquement à Nyakararo et Matana pour qu’ils sensibilisent les travailleurs de l’économie informelle afin qu’ils aient accès aux soins de santé .

L’objectif spécifique de ces deux ateliers était de Conscientiser les autorités locales et leaders communautaires pour que les travailleurs du secteur informel précaire adhérent aux mutualités de santé communautaire. Ainsi, 60 autorités locales et leaders communautaires ont été sensibilisés à la mobilisation et sensibilisation des travailleurs de l’économie informelle pour qu’ils adhèrent aux mutuelles de santé communautaire .
Ainsi, à Mwaro, Nyakararo, cette action de sensibilisation a été réalisée avec un expert mutualiste de la Mutuelle Nationale de Santé ( MUNASA) tandis qu’à Matana, elle a été réalisée avec l’expert mutualiste de FVS ( Actions synergique avec les mutuelles communautaire de santé)
Une feuille de route a été élaboré avec une stratégie de mise en œuvre.
Mutualité et formalisation : outil stratégique pour le travail décent, de protection sociale, du travail , d’inclusion, et de dignité pour les travailleurs de l’économie informelle
Par Yves BATUNGWANAYO
Coordinateur technique de la CSB
