Bujumbura, Hôtel CEPRODILIC, le 16 juin 2026 – La Confédération des Syndicats Libres du Burundi (CSB), avec l’appui de son partenaire We Social Movements (WSM), a lancé ce mardi une campagne nationale de quatre jours consacrée à la structuration, à la formalisation et à la syndicalisation des travailleurs de l’économie informelle. Cette initiative s’inscrit dans la promotion du travail décent et productif conformément aux Objectifs de Développement Durable (ODD), notamment l’ODD 5 relatif à l’égalité entre les sexes et l’ODD 8 portant sur le travail décent et la croissance économique.

Une économie largement dominée par l’informalité

Au Burundi, l’économie informelle représente une réalité majeure du marché du travail. Selon les données de l’Institut National de la Statistique du Burundi (INS, 2023), près de 90,7 % des travailleurs exercent leurs activités dans le secteur informel.

Malgré leur contribution essentielle à l’économie nationale, ces travailleurs évoluent souvent dans des conditions précaires caractérisées par l’absence de protection sociale, l’instabilité des revenus, l’accès limité aux financements et aux marchés publics, ainsi que le manque de mécanismes de représentation et de dialogue avec les autorités publiques.

Consciente de ces défis, la CSB met en œuvre, à travers l’Axe 2 du Programme CSB–WSM 2022-2026, des actions visant à accompagner les travailleurs de l’économie informelle vers une transition progressive et inclusive vers l’économie formelle.

Première étape : renforcer l’organisation des travailleurs mécaniciens

La campagne a débuté par un atelier de formation réunissant 40 travailleurs mécaniciens issus de différents ateliers de réparation automobile de Bujumbura.

Acteurs indispensables à la mobilité des personnes et des biens, les mécaniciens font face à de nombreuses difficultés, notamment :

  • Des conditions de travail pénibles, marquées par de longues heures de travail, une faible rémunération et une exposition régulière à des produits dangereux sans équipements de protection adéquats ;
  • Un accès limité à la formation professionnelle continue, pourtant nécessaire pour suivre l’évolution technologique du secteur automobile ;
  • Des contraintes économiques importantes liées au coût des équipements, des outils de travail et des espaces d’exploitation.

L’objectif de cette première journée est de renforcer les capacités des participants afin de favoriser leur formalisation et de les accompagner dans la redynamisation d’un syndicat de base fort, représentatif et autonome.

Une campagne de quatre jours pour quatre secteurs stratégiques

La campagne se poursuivra jusqu’au 19 juin 2026 et touchera au total 160 travailleurs issus de quatre secteurs d’activités :

16 juin 2026 : Travailleurs mécaniciens ;

17 juin 2026 : Vendeurs et vendeuses d’unités de recharge téléphonique et de services de monnaie électronique ;

18 juin 2026 : Vendeurs et vendeuses ambulants ;

19 juin 2026 : Travailleurs des hôtels, bars et restaurants.

Chaque atelier réunira 40 participants et constituera une opportunité d’échanges, de sensibilisation et de renforcement des capacités en matière de droits au travail et d’organisation syndicale.

Un programme de formation orienté vers l’autonomisation

Les sessions de formation seront articulées autour de quatre modules principaux :

1. Formalisation et transition vers l’économie formelle

Présentation des avantages de la formalisation ainsi que des mécanismes prévus par la Recommandation n°204 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).

2. Cadre légal et création des organisations syndicales

Analyse des dispositions du Code du travail burundais relatives à la création, à l’enregistrement et au fonctionnement des syndicats.

3. Renforcement de la valeur ajoutée de l’adhésion syndicale

Réflexion sur les services pouvant être offerts aux membres, notamment la solidarité professionnelle, l’accès aux mutuelles de santé, la défense des intérêts collectifs et la protection contre les abus.

4. Autonomie financière et gouvernance syndicale

Promotion d’un système de cotisation adapté, de la transparence financière et de l’utilisation des outils numériques dans la gestion des organisations syndicales.

Un engagement en faveur de la dignité des travailleurs

À travers cette campagne, la CSB réaffirme son engagement à promouvoir la justice sociale, la protection des travailleurs et le dialogue social au Burundi. En soutenant la structuration et la formalisation des travailleurs de l’économie informelle, l’organisation contribue à leur offrir une meilleure protection, une représentation collective efficace et des perspectives économiques durables.

La CSB invite le public à suivre quotidiennement l’évolution de cette campagne à travers son site web et ses plateformes officielles.

Yves Batungwanayo
Conseiller Technique de la CSB