Bujumbura, le 17 juin 2026 – Dans le cadre de la mise en œuvre de son Programme stratégique 2022-2026, la Confédération Syndicale du Burundi (CSB), avec l’appui financier de l’ONG We Social Movements (WSM), a organisé un atelier de mobilisation, de sensibilisation et de structuration des vendeurs d’unités de recharge et des agents de transfert de monnaie électronique.
Tenu au CEPRODILIC, cet atelier a réuni quarante (46) délégués représentant les travailleurs du secteur. L’objectif était de renforcer l’organisation collective de ces acteurs de l’économie numérique et de redynamiser leur syndicat de base afin de lutter contre la précarité qui caractérise une activité en pleine expansion mais largement dominée par l’informalité.

Un secteur en croissance confronté à de multiples défis
Les vendeurs et gestionnaires de points de services opérant sur les plateformes de monnaie électronique telles qu’Ecocash, Lumicash, Enoti et Akaravyo jouent un rôle essentiel dans l’inclusion financière de la population burundaise. Pourtant, leur contribution à l’économie nationale contraste avec les conditions difficiles dans lesquelles ils exercent leur activité.
Au cours de l’atelier, le Coordinateur technique de la CSB a présenté une analyse des réalités du secteur à la lumière des quatre piliers du travail décent de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et des Objectifs de Développement Durable (ODD) des Nations Unies.
L’absence de cadre contractuel
L’un des principaux constats concerne l’inexistence de relations contractuelles formelles entre les agents de terrain, les super-agents, les sociétés de télécommunications et les institutions financières partenaires.
Cette situation expose les travailleurs à de nombreuses pratiques arbitraires, notamment le blocage sans préavis des comptes de monnaie électronique (« float »), privant instantanément les agents de leur principal outil de travail sans mécanisme de recours clairement défini.
Une répartition inéquitable des revenus
Les participants ont également dénoncé les faibles commissions qui leur sont accordées malgré leur rôle central dans la chaîne de distribution des services financiers numériques.
Les chiffres présentés illustrent cette disparité :
- Pour un transfert de 100 000 FBu, la commission totale générée est de 6 000 FBu, mais l’agent de terrain ne reçoit que 630 FBu, soit 10,5 % du montant total.
- Pour un transfert de 500 000 FBu, la commission totale atteint 16 500 FBu, tandis que l’agent ne perçoit que 2 300 FBu, soit 13,9 %.
Ainsi, entre 86 % et 89 % de la valeur créée est captée par les opérateurs et les différents intermédiaires.
Les participants ont également souligné les difficultés liées à l’accès à la liquidité, certaines institutions financières ne fournissant pas les fonds nécessaires à l’ensemble des agents de manière équitable.
Une protection sociale inexistante
L’atelier a révélé l’absence quasi totale de protection sociale dans le secteur. Les travailleurs ne bénéficient ni d’assurance maladie, ni de mécanismes de retraite, ni de dispositifs de protection contre les risques professionnels ou sécuritaires auxquels ils sont quotidiennement exposés.
L’appui du ministère en charge du Travail
Afin de renforcer la légitimité du processus de structuration, l’atelier a bénéficié de la participation d’un haut cadre du ministère ayant le Travail dans ses attributions.
Son intervention a porté sur trois axes majeurs :
Le syndicalisme comme droit fondamental
Le facilitateur a rappelé que la liberté syndicale constitue un droit garanti par la Constitution et par les conventions internationales ratifiées par le Burundi. Il a insisté sur le rôle des organisations syndicales dans la promotion du dialogue social, de la négociation collective et de la justice sociale.
Les démarches de formalisation
Les participants ont été informés des différentes étapes nécessaires à la mise en conformité juridique de leur organisation, notamment la révision des statuts et l’obtention de la reconnaissance officielle auprès des autorités compétentes.
Le leadership au service de la gouvernance syndicale
L’expert a également mis en évidence les qualités attendues des futurs dirigeants du syndicat : intégrité, transparence dans la gestion des ressources, capacité de mobilisation, esprit de dialogue et aptitude à représenter aussi bien les agents fixes que les agents ambulants.
Un engagement ferme en faveur de l’enregistrement du syndicat
L’un des résultats majeurs de l’atelier a été l’engagement des participants à finaliser rapidement la révision de leurs textes fondateurs et à déposer officiellement leur dossier d’enregistrement auprès du ministère de tutelle.
Cette reconnaissance juridique permettra au syndicat d’acquérir la personnalité civile et de devenir un interlocuteur légitime dans les discussions avec les sociétés de télécommunications, les super-agents et les institutions financières.
Les principales revendications du secteur
Une fois l’enregistrement obtenu, le syndicat entend porter plusieurs revendications prioritaires :
- La mise en place de contrats d’agence écrits et standardisés entre les agents, les super-agents et les institutions financières ;
- La révision des grilles de commissions afin de garantir une rémunération plus équitable ;
- L’octroi transparent et équitable de liquidités à l’ensemble des agents ;
- L’instauration de mécanismes d’arbitrage et de règlement des litiges liés aux blocages de comptes, aux problèmes techniques ou aux cas d’escroquerie.
Vers un dialogue social inclusif
La CSB a réaffirmé son engagement à accompagner cette corporation dans son processus de structuration et de formalisation.
La prochaine étape consistera à organiser un cadre de dialogue réunissant l’ensemble des parties prenantes du secteur, notamment les agents de terrain, les super-agents, les sociétés de télécommunications et les institutions financières. Cette démarche vise à favoriser la recherche de solutions concertées aux défis qui affectent les travailleurs de l’économie numérique.
À travers cette initiative, la CSB réaffirme sa conviction qu’aucun travailleur ne doit être laissé en marge du travail décent et que la transformation numérique doit s’accompagner du respect des droits fondamentaux au travail.
Par Yves Batungwanayo
Coordinateur technique de la CSB
