Bujumbura, le 30 juin 2026 – Avec l’appui financier de WSM (We Social Movements), la Confédération des Syndicats Libres du Burundi (CSB) a organisé, au Restaurant Bar La Détente, un atelier de plaidoyer consacré à la mise en œuvre effective de la politique salariale en faveur des travailleurs des institutions publiques à statuts spéciaux.
Réunissant 51 experts, responsables des ressources humaines et leaders syndicaux, cette rencontre a permis d’analyser les défis liés au gel des salaires, d’évaluer ses conséquences sur les travailleurs et le fonctionnement des institutions publiques, puis de formuler des recommandations concrètes à l’attention des pouvoirs publics.

51 experts, responsables des ressources humaines et leaders syndicaux
Dix années de gel salarial : un pouvoir d’achat en forte dégradation
Depuis 2016, les travailleurs des 131 institutions publiques à statuts spéciaux évoluent dans un contexte marqué par le gel des salaires et des avancements de carrière. Pendant que le coût de la vie ne cesse d’augmenter, leur rémunération est restée pratiquement inchangée, entraînant une perte considérable de leur pouvoir d’achat.
Les données présentées au cours de l’atelier illustrent cette réalité préoccupante :
- Le tarif minimum du transport en commun est passé de 350 FBu en 2016 à 600 FBu aujourd’hui, soit une augmentation de 71,4 %.
- Le coût moyen des loyers a connu une hausse estimée à 300 % sur la même période.
Par ailleurs, le décret du 22 mars 2024 a remplacé les primes d’ancienneté calculées en pourcentage (3 % par an) ainsi que certaines indemnités par des montants fixes. Selon les participants, cette mesure compromet les perspectives d’évolution salariale et réduit davantage la motivation des travailleurs.
Une démotivation croissante et une fuite des compétences
Les échanges ont mis en évidence les conséquences directes de cette situation sur les institutions publiques. Le manque de reconnaissance financière favorise la démotivation du personnel, l’augmentation de l’absentéisme, la baisse de la productivité ainsi qu’une perte progressive du sens du service public.
Plus préoccupant encore, de nombreux cadres qualifiés quittent les institutions publiques pour rejoindre le secteur privé ou chercher de meilleures opportunités à l’étranger. Cette fuite des compétences affaiblit les capacités de l’administration publique et entraîne une diminution des recettes issues des cotisations sociales, notamment l’IPR, l’INSS et la MFP.
Un plaidoyer ciblé pour des solutions adaptées
Sous la coordination technique de M. Yves Batungwanayo, Coordinateur technique de la CSB, les participants ont été répartis en deux groupes afin d’élaborer des messages de plaidoyer destinés aux décideurs.
Pour les institutions financées par le budget de l’État
Les participants ont souligné que la réalisation de la Vision Burundi, Pays Émergent en 2040, passe nécessairement par la stabilisation et la motivation des ressources humaines. Un personnel valorisé constitue un levier essentiel pour améliorer la qualité des services publics et renforcer la performance de l’administration.
Pour les institutions génératrices de recettes
Les discussions ont également démontré que le maintien du gel salarial freine la productivité des entreprises publiques génératrices de revenus. Une politique salariale adaptée permettrait d’améliorer les performances de ces institutions et d’accroître les dividendes ainsi que les recettes fiscales au bénéfice du Trésor public.
Une feuille de route syndicale adoptée
À l’issue des travaux, les participants ont adopté une feuille de route visant à renforcer le dialogue social et à promouvoir une politique salariale plus équitable. Parmi les principales recommandations figurent :
- la publication de la politique salariale spécifique élaborée par la Commission nationale salariale en tenant compte des préoccupations des travailleurs à statuts spéciaux ;
- l’abrogation des mesures ayant transformé les primes d’ancienneté et les indemnités en montants fixes, afin de rétablir leur calcul en pourcentage conformément au Code du travail ;
- le lancement d’une cartographie nationale des métiers pour garantir l’application effective du principe « À travail égal, salaire égal », conformément au Code du travail et à la Convention n°100 de l’Organisation internationale du Travail (OIT) ;
- la promotion des négociations collectives sectorielles afin d’améliorer durablement les conditions de vie et de travail des salariés ;
- le respect du principe des droits acquis pour l’ensemble des travailleurs concernés.
Un appel à investir dans le capital humain
En clôturant l’atelier, les participants ont rappelé qu’une politique salariale juste constitue un investissement stratégique pour le développement national. Selon eux, améliorer les conditions de rémunération des travailleurs à statuts spéciaux permettra non seulement de retenir les compétences, mais aussi de renforcer la performance des institutions publiques et d’accélérer la réalisation des ambitions économiques du Burundi.
La CSB réaffirme ainsi son engagement à poursuivre le dialogue social et le plaidoyer auprès des autorités afin que les réformes salariales répondent aux attentes légitimes des travailleurs et contribuent à la construction d’un Burundi plus performant, plus équitable et plus prospère.









Par : Yves Batungwanayo, Coordinateur technique de la Confédération des Syndicats Libres du Burundi (CSB).







